Mieux comprendre les troubles de la motivation sociale dans les maladies neurologiques et psychiatriques
Porteur du projet : Christelle BAUNEZ – Institut des Neurosciences de la Timone (Marseille)
Titre du projet : Neurobiologie de la Motivation : Rôle du Noyau Sous-thalamique et de ses connexions dans l’Addiction et les Troubles Sociaux
Le projet est soutenu par l’Association France Parkinson. L’expertise scientifique a été assurée par le Conseil Scientifique de la FRC.
Montant du projet financé sur l’appel à projets FRC 2024 : 80 000 €
« Dans le cadre de nos travaux testant l’hypothèse de la stimulation cérébrale profonde du noyau subthalamique (NST) pour soigner les addictions, nous avons montré que la manipulation du NST peut moduler l’influence de la présence d’un congénère sur la consommation de drogue. Il est donc important de comprendre l’implication du NST dans la motivation sociale, et plus généralement dans le traitement des informations et interactions sociales. C’est ce qui est proposé dans le projet. » – Christelle Baunez
En résumé
Les troubles de la motivation, dont la motivation à rechercher des interactions sociales, sont communes à divers troubles tels que l’addiction, l’autisme, la dépression et la schizophrénie. Le noyau sous-thalamique serait une structure clé dans la régulation de la motivation et des processus affectifs. L’inactivation de ce noyau, stratégie utilisée dans la maladie de Parkinson, réduit la motivation pour obtenir des drogues et prévient la perte de contrôle sur la consommation. L’objectif de ce projet est de mieux appréhender le rôle du noyau sous-thalamique et de son réseau dans la motivation sociale et comprendre si la consommation de drogue peut être modulée par le contexte social. Comprendre les bases cérébrales de ces dérégulations est crucial pour mieux appréhender les symptômes de certaines pathologies neurologiques et psychiatriques.
Descriptif du projet
Les dérégulations de la motivation, dont la motivation sociale[1], sont communes à divers troubles tels que l’addiction, l’autisme, la dépression et la schizophrénie. Comprendre les bases cérébrales de ces dérégulations est crucial pour mieux les appréhender. Les chercheurs ont identifié une structure cérébrale, le noyau sous-thalamique, comme une structure clé dans la régulation de la motivation et des processus affectifs. L’inactivation de ce noyau, stratégie utilisée dans la maladie de Parkinson, réduit la motivation pour obtenir des drogues et prévient la perte de contrôle sur la consommation. L’objectif de ce projet est de mieux appréhender le rôle du noyau sous-thalamique et de son réseau dans la motivation sociale et comprendre si la consommation de drogue peut être modulée par le contexte social.
Le premier objectif déterminera le rôle de cette structure cérébrale dans la motivation sociale avec un protocole opérant[2] utilisant une interaction sociale (accès à un congénère) comme récompense. Les résultats préliminaires indiquent que l’inactivation sélective par optogénétique (une technique utilisant la lumière pour inactiver certaines cellules) des neurones du noyau sous-thalamique réduit la motivation à effectuer une tâche pour « gagner » une interaction avec un rat étranger. Dans ce projet, les chercheurs enregistreront l’activité des neurones du noyau sous-thalamique pendant l’auto-administration de récompense sociale à l’aide de la photométrie par fibre, une technique permettant de recueillir un signal lumineux quand les neurones ciblés sont actifs. Une augmentation de l’activité des neurones du noyau sous-thalamique est attendue pendant l’interaction sociale, dont le profil devrait dépendre de l’identité du pair.
Le deuxième objectif décryptera le rôle du réseau du noyau sous-thalamique dans l’influence du contexte social sur l’usage de cocaïne. Les modèles rongeurs s’auto-administrent de la cocaïne en présence de différents types de congénères, et différentes voies connectant le noyau sous-thalamique seront inhibées à l’aide d’une stratégie optogénétique. Les chercheurs s’attendent à ce que l’effet protecteur de la présence sociale sur la consommation de cocaïne soit supprimé, voire modulé en fonction de la voie inhibée.
Ces études amélioreront la compréhension des substrats neurobiologiques de la motivation, des comportements sociaux et de l’addiction et pourront également être utiles pour les patients parkinsoniens soumis à la stimulation cérébrale profonde du noyau sous-thalamique et ceux atteints de maladies psychiatriques.
(1) Motivation sociale: Motivation à rechercher des interactions sociales
(2) Protocole opérant : type d’apprentissage par association où un comportement est renforcé ou modifié en fonction de ses conséquences, soit une récompense ou une punition.
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L’équipe de Christelle Baunez est la seule équipe impliquée dans ce projet. Spécialiste du noyau sous-thalamique et des processus de motivation en lien avec une récompense, elle possède toutes les compétences requises pour mener à bien ce projet.

Projet financé par l'association France Parkinson
La FRC et ses membres lancent chaque année leur Appel à Projets en recherche sur une thématique donnée en relation avec les pathologies neurologiques et psychiatriques.
C’est dans ce cadre que l’association France Parkinson, membre fondateur de la FRC, s’est positionnée pour soutenir ce projet de recherche sélectionné par le Conseil Scientifique de la FRC, et qui pourrait avoir des conséquences intéressantes et innovantes pour améliorer la prise en charge des patients atteints de maladie de Parkinson.

Christelle Baunez est Directrice de Recherche CNRS et dirige l’équipe ‘Cognition et Physiopathologie dans les Ganglions de la Base’ (CoPhyBaG) à l’Institut de Neurosciences de la Timone (INT) à Marseille. Durant sa thèse, elle s’est intéressée au noyau sous-thalamique (NST) comme cible thérapeutique dans la Maladie de Parkinson chez le rat. En post-doctorat à l’université de Cambridge, elle a montré l’implication du NST dans les processus non-moteurs tels que l’attention et le contrôle de l’inhibition. Elle a obtenu son poste de chercheuse CNRS en 1997 et a poursuivi sa recherche sur les fonctions de NST en développant la stimulation cérébrale profonde (SCP) chez le rat et le macaque. Ces dernières années, elle a montré que la SCP du NST pourrait constituer un traitement pour l’addiction. Elle étudie actuellement l’influence du contexte social sur la consommation de drogue. Ses recherches portent aussi sur les patients parkinsoniens et les usagers de drogues.

Le noyau sous-thalamique
©Servier Medical Art sous licence CC BY 4.0